le 25 août 2011 lien avec l'hebdo
Par Dominique Rosset
Le pianiste Alexandre Tharaud reprend les rênes du Festival Amadeus à Meinier (GE). La promesse d'une programmation généreuse et poétique sous le signe du désir.
Une immense cour de ferme cossue, avec ses recoins abrités, et une magnifique grange aux concerts entre champs, vergers et vignes. Le décor du Festival Amadeus de Meinier est une variation genevoise des Jardins musicaux de Cernier. Sauf qu'ici la fête a lieu tous les deux ans et que le directeur artistique change toutes les trois éditions.
Alexandre Tharaud, jeune quadragénaire surnommé parfois «le Glenn Gould français», interprète secret inventif et subtil, a accepté de prendre le fil de l'histoire du Festival Amadeus par amour des lieux et parce que, invité à y jouer une première fois il y a dix ans, il sait que ce lieu lui a fait du bien, lui a apporté apaisement et poésie.
Sans cesse en voyage, entre tournées et enregistrements, le pianiste insiste à mots précis sur l'équilibre à trouver sans cesse pour que la vie ne soit pas une suite de chocs et de ruptures – un «état d'apesanteur» permettant de transmettre les émotions musicales sans s'y noyer à chaque fois.
Au moment d'imaginer sa programmation, il s'est d'abord mis, selon ses termes, à l'écoute: «Ecouter l'équipe qui porte le festival et, à travers elle, le public qui y est attaché, et sentir les possibilités qu'offre ce domaine de la Touvière. A partir de là, j'ai contacté des artistes et leur ai demandé ce qu'ils avaient envie de réaliser! Mon rôle a été de faire se rencontrer leur désir et celui des organisateurs.»
Le résultat s'apparente à une généreuse récolte de fin d'été. Des musiques dites «classiques», bien sûr, de Bach ou Scarlatti à Mozart, Beethoven, Ravel, associées à des musiques de la Méditerranée et autres gorgées de flamenco.
De nombreux interprètes de partout et, très présents, des textes choisis et dits par Catherine Jacob, Marthe Keller ou – fil rouge du festival – par le poète plasticien compositeur improvisateur français Jacques Rebotier. Chacun de ces diseurs choisira un recoin du domaine à sa convenance – verger, vigne, atelier ou hangar – pour que les rencontres se vivent dans un climat de surprise et de liberté.
Alexandre Tharaud, pianiste de la confidence, a une réelle fascination pour les mots qui ont le pouvoir de transporter l'existence et la perception qu'on en a: «Ma première professeure de piano me disait de faire parler le piano, mettre des syllabes sur chaque note, faire en sorte que l'instrument s'exprime, au sens littéraire du terme, et que le timbre donne du sens aux sons.»
Il n'a jamais oublié la leçon. A la fois expressif et pudique, tout entier dans les musiques qu'il joue et leur récit secret, il a trouvé la manière de vivre son paradoxe: être sous le regard du public et détester son image. «Enfant, je voulais travailler dans un cirque, être prestidigitateur, sous un costume ou des masques...» Il a trouvé son chemin, drapé sous les sons des autres qu'il fait apparaître, en humble et tourmenté magicien.